Viticultrice aux côtés de son époux Maurice, adhérent de la cave coopérative d’Ouveillan où ils ont amené leurs récoltes tout au long de leur vie.
Quoi de mieux que le caveau de la cave coopérative d’Ouveillan pour lui rendre hommage au travers d'une exposition qui s'est tenue du 25 octobre au 23 novembre 2024.
Dans les vignes Paule Bouisset s’est rendue compte que la terre pouvait aussi receler des vestiges du passé. Cette révélation l’a entraîné vers l’archéologie qui est devenue sa passion.
Inlassablement, elle a suivi les défoncements de vignes et elle a prospecté le terroir d’Ouveillan, découvrant de très nombreux sites archéologiques dont les plus anciens remontent au néolithique, l’époque des premiers agriculteurs, il y a plus de 5000 ans.
Elle a aussi découvert plusieurs villas romaines, des domaines viticoles pour la plupart, qui témoignent de l’importance de la culture de la vigne en Narbonnaise durant l’Antiquité.
Ce
vin de Narbonnaise, toujours au cœur de l’économie de notre
département, était exporté
vers l’Italie, l’Espagne, le reste de la Gaule mais
aussi aux confins de l’Empire romain au
moyen d’amphores produites sur l’atelier de potiers
de Sallèles d’Aude, dont
Paule Bouisset est à l’origine de la découverte en
1969.
Elle a été régulièrement présente sur les fouilles de Sallèles d’Aude dès le début des recherches en 1976 et elle y a été associée jusqu’à sa disparition en 1994. A l’issue des fouilles qui ont révélé l’importance de ce site archéologique, le musée Amphoralis a été construit sur place et inauguré en décembre 1992.
Pour les jeunes bénévoles qui étaient présents sur la fouille, nous aurons toujours l’image de Paule Bouisset, coiffée de sa « câline », la coiffe des vendangeuses qui protège du vent et du soleil ; elle avait d’ailleurs lancé une mode et beaucoup de jeunes femmes du chantier de fouilles sont venues à Ouveillan acheter leur « câline » pour la porter sur le terrain.
Paule Bouisset venait tous les ans rejoindre les équipes d’archéologues pour fouiller, apporter ses conseils, son expertise, ses réflexions, ses encouragements et participer aux moments de convivialité inhérents à tout chantier archéologique.
Paule Bouisset est avec Julien Aussenac et Jenny Blanch à l’origine de la création de l’association « Les Amis de Fontcalvy et du Vieil Ouveillan ». Elle avait un fort attachement à Fontcalvy. Elle y a mené des fouilles dans la salle basse en 1984, avec l’aide des membres de l’association.
Tout au long de ses années de recherches, elle a régulièrement publié ses découvertes dans les bulletins de la commission archéologique de Narbonne et dans le Bulletin de la société d’études scientifiques de l’Aude, deux sociétés archéologiques dont elle était membre. Plus d’une quarantaines d’articles rendent compte de ses travaux entre 1964 et 1993.
Chercheuse autodidacte, elle a fait référence auprès de grands archéologues comme Jean Guilaine (professeur au Collège de France et membre de l’Académie des inscriptions et Belles-Lettres), Jean Vaquer et Fanette Laubenheimer directeurs de recherches au CNRS.
Les recherches de Paule Bouisset sont donc essentielles à la connaissance du passé d’Ouveillan et la découverte de l’atelier de potiers gallo-romain est essentielle à la connaissance des productions d’amphores et de leur diffusion en Gaule et dans l’Empire romain.
Enfin à titre personnel, Paule Bouisset a été à l’origine de ma vocation. En 1973, lorsque j’étais en CM2, notre instituteur, Julien Aussenac, a emmené la classe voir la fouille du cimetière wisigothique de Chambard. Pour moi ce fut une révélation, ce jour là, j’ai décidé d’être archéologue, j’avais 11 ans. A partir de là, j’ai fait comme Paule Bouisset, j’ai commencé à prospecter et un jour elle m’a dit, « si tu veux vraiment être archéologue, va fouiller à Sallèles, tu y apprendras le métier ». C’est ce que j’ai fait et de fil en aiguille, je suis devenue archéologue du ministère de la Culture. Je la remercie du fond du cœur.
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